Sister Iodine en concert le 6/03 à 20h30 aux Instants Chavirés (Montreuil), avec Hélicoptère Sanglante en première partie (10 €) et le 12/03 à 20h15 au Festival Sonore à Brest (29).
Nouvel album : « Flame Désastre » (Premier Sang).
Rock bruitiste sous perfusion no-wave : Sister Iodine ce soir aux Instants Chavirés. © Vincent Moon
< 06'03'09 >
Sister Iodine : Paris sous les bombes

Le bruit est politique. Confirmation ce soir avec le retour de Sister Iodine et son nouvel album « Flame Désastre », dont la tournée française fait escale aux Instants Chavirés.

Longtemps, le rock d’ici n’a pas ressemblé à grand-chose. Et puis un jour, sous l’influence croisée de la première génération du hardcore punk (celle des labels Alternative Tentacles, sous la férule de Jello Biafra, et Dischord, mené par Ian McKaye à Washington DC) et des flibustiers noise de l’underground américain (le Black Flag d’Henry Rollins, Sonic Youth et leurs compères du label SST…), il s’est transformé en une musique qui ne ressemblait plus à rien du tout. Au début des années 90 s’est agrégée une constellation de groupes français radicaux, extrêmes (les oubliés Heliogabale ou Voodoo Muzak), puisant de l’autre côté de l’Atlantique une énergie brute et une érudition arty (avec Sonic Youth comme parrains évidents) qu’ils mélangeaient aux bruits et soubresauts du bitume. Lyon (avec Deity Guns puis Bästard), Angers (patrie des Thugs, sur la brèche depuis 1983) replaçaient la France sur la carte noise mondiale, aiguillons de la communauté du rock DIY et bruitiste européen pas vraiment reconnue à domicile, mais respectée à l’étranger.

Entre chaos et beauté fulgurante

Il faut attendre 1992 pour que Paris en soit, avec la fondation de Sister Iodine par Erik Minkkinen (guitare et machine), Lionel Fernandez (guitare) et Nicolas Mazet (batterie). Le trio est d’abord influencé par la no-wave, ce courant new-yorkais hétéroclite (Glenn Branca, James Chance, DNA, Rhys Chatham) de la fin des années 70 qui ne jurait que par le bruit brut, la déflagration absolue et la « décadanse » macabre. L’ogre Sister Iodine n’a rien fait d’autre que rechercher la dissonance, tourner autour d’elle dans un rituel vaudou, points et gorges serrés par le monstre dont il accouchait. Le premier album, « Adn 115 » (1994) est le fruit d’expériences scéniques radicales, entre chaos et beauté fulgurante, à corps et à cris. Voisins de label de Costes, les Parisiens commencent à la même époque à côtoyer leurs héros Sonic Youth (alors au firmament –public– avec « Goo »).

Tout au long des années 90, Sister Iodine multiplie expériences et collaborations, se produit avec The Ex, Faust ou Keiji Haino, en trouvant l’énergie d’initier Büro, un collectif très actif dans la propagation des musiques déviantes (notamment lors de l’émergence de la « laptop music », il y a dix ans). Leur musique, poreuse aux avant-gardes, change de texture avec l’irruption d’une lutherie électronique trafiquée. En 1999, le trio devient duo : Lionel Fernandez et Erik Minkkinen s’abandonnent aux claviers sous le nom de Discom (avec « Smuglo », qu’ils publient sur leur propre label). La déflagration saute aux oreilles, inquiètes et perturbées par cette musique dysfonctionnelle.

Sister Iodine est alors enterré sous les beats flippants et les hoquets des machines mais en 2007, après des années de projets parallèles (Minitel, Antilles) et d’activisme underground (notamment sous les hauts plafonds de la Générale, via « Les Placard », le festival de musique pour casques), le trio se ressoude. Il est à nouveau prêt à en découdre, notamment lors d’un concert à Villette Sonique et l’album « Helle » qui renouait avec la rage des débuts (réécouter d’urgence ce live datant du 1er mai 2007 à la Générale).

Sister Iodine à Villette Sonique en 2007 :



La colère du moment a besoin de porte-voix. Celle de Sister Iodine porte loin. « Flame Désastre », quatrième album du trio, est publié ces jours-ci par le nouveau label Premier Sang, en édition limitée (vinyle) à 500 exemplaires. Ce bloc de ferveur et de rage ne demande qu’à exploser sur scène, soutenu par quelques zigzags électroniques. Pour le bruit et la fureur, rendez-vous ce soir aux Instants Chavirés.

benoît hické et matthieu recarte 

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< 3 > commentaires
écrit le < 06'03'09 > par < rock oy2 rock.fr >

- le rock décidément a dit tout ce qu’il avait à dire - quelle énergie ? le 8 bit façon rock - un truc pour geek sur le retour. de la crise ? on touche au nullissime de la rage musicale. que de la pose...
écrit le < 07'03'09 >

Merci pour votre commentaire mais vous en dîtes trop ou pas assez.

8bit ? Quel rapport ?

Il faut admettre que les Sister Iodine - qu’on apprécie ou non leur musique - ont l’avantage d’être là depuis très longtemps et d’avoir su épouser leur époque. Ils sont en quelque sorte les vieux grognards parisiens de la noise, et leur concert d’hier - y étiez-vous ? - était en effet un concentré de rage froide, déterminée, beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît, avec des ruptures, des répétitions et un mur du son tout à fait réussis. Nulle pose chez eux mais plutôt un souci de faire avancer leur aventure, de manière totalement indé, de surcroît. Benoît Hické

écrit le < 07'03'09 > par < schnappy >
arrêtes un peu avec tes geeks 8bits à la con hein