Des artistes et représentants de l’art numérique étaient invités dimanche soir à dîner chez Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique.
Tablée autour de l’art numérique au secrétariat d’Etat de la prospective et du développement de l’économie numérique, dimanche soir. © DR
< 08'12'09 >
Millefeuille de crabe à la sauce net-art chez NKM

L’occasion était trop belle pour poptronics : « hacker » un dîner d’artistes numériques chez NKM, la secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique, c’est un peu exceptionnel. C’était dimanche soir, sous les lambris de l’Hôtel de Broglie, rue Saint-Dominique, que Nathalie Kosciusko-Morizet invitait à dîner une brochette d’artistes et de « distributeurs » (sic) pour « mieux faire connaissance et échanger de manière informelle et conviviale sur le sujet ». Le sujet, donc, c’est l’art numérique toujours à la peine en matière de reconnaissance institutionnelle en France. C’est même sur ce présupposé qu’était fondée l’invitation par mail : « Vous savez comme moi que l’art numérique peine encore à gagner ses lettres de noblesse, y compris en France », écrivait NKM. « En tant que Secrétaire d’État à la Prospective et au Développement de l’Économie Numérique, je me suis naturellement intéressée à la question et je serais heureuse de recueillir vos avis. » Sans la complicité du net-artiste Systaime, trublion du Net et auteur sur poptronics des chroniques vidéo « Gimme Five », premier surpris d’avoir été ainsi distingué par le gouvernement, poptronics n’aurait pu se glisser à la (grande) table de près de 30 couverts, avec champagne, petits fours et menu soigné (millefeuille de crabe, filet de sole et son émulsion verte, macaron pistache et framboise) pour rendre compte de cette première.

NKM avait déjà inauguré la formule avec les dîners de blogueurs, déclinés en dîner de blogueuses, histoire de tâter le terrain de l’Internet. On la sait plutôt friande de nouvelles technos, elle s’est fait repérer par la nétosphère en annonçant sa grossesse sur Facebook, son compte Twitter est l’un des plus suivis de France côté politiques (plus de 21.000 « followers »). Après un préambule sur le mode humoristique (« les blogueurs invités n’ont pas eu autant de considération de la part de l’intendance qui leur a servi poulet grillé et riz en buffet ») et « interactif » (on met les guillemets, parce que le dispositif prévu pour inviter les artistes à jouer de leur créativité à l’aide d’un ordi et de quelques feutres, pinceaux et toile à disposition, laissait plutôt pantois), après ce préambule au micro, donc, NKM passe à table et fait tourner ledit micro.

Passés les remerciements de rigueur (c’est une première pour la plupart des présents que d’être ainsi invités à ripailler au gouvernement), les convives se sont essayé à expliquer à la secrétaire d’Etat leurs pratiques, leurs besoins et les débats qui les agitent. Côté artistes, Fred Forest, Maurice Benayoun, Valéry Grancher, Miguel Chevalier, Jean-Pierre Balpe, Roland Cahen et Systaime, et pour les contredire ou au contraire appuyer leurs propos un brin généralistes, des curateurs (Margherita Balzerani, Stéphane Maguet), des galeristes (Magda Danysz, Suzanne Tarasiève), les représentants du Cube d’Issy-les-Moulineaux, un commissaire priseur tombé amoureux de l’art numérique (Pierre Cornette de Saint-Cyr), Alain Seban, le président du Centre Pompidou et Anne-Cécile Worms qui a fondé la plate-forme Digitalarti.com.

Qu’est-ce qu’est l’art numérique ? Est-il réductible et soluble dans l’art contemporain ? A-t-il une destinée propre, est-il obligatoirement étroitement lié à la recherche scientifique ? Le marché comme les conservateurs de musée (les « distributeurs », donc, pour NKM) ont-ils pris la mesure de cette révolution esthétique (un art du flux, un art vivant) ? La conservation du patrimoine numérique est-elle un enjeu du moment ? Les jeux vidéo peuvent-ils constituer un axe de développement pour un secteur dont la secrétaire d’Etat convenait, au début du repas, qu’elle ne le maîtrisait guère (elle cite l’installation de Vincent Lévy, « Fantôme(s) » comme étant celle qui lui a permis d’entrevoir un monde de possibles) ?

Sans véritable ordre du jour ni dossier brûlant à traiter, à l’exception de la grève à Beaubourg, sujet épineux que le président du centre Pompidou était visiblement heureux d’évacuer rapidement, chacun y va de son intervention. Certains jouent la pédagogie didactique, d’autres préfèrent parler de leur parcours. NKM sourit et fait tourner le micro. Ses conseillers prennent des notes, elle écoute, sans intervenir dans les discussions, jouant à la super maîtresse de maison. Comme toujours dans ce genre de repas officiel, les ors de la République impressionnent, il n’y aura que poptronics pour la ramener sur les conséquences désastreuses d’Hadopi et rappeler qu’on a un peu de mal à faire crédit à un gouvernement qui n’a guère montré de compréhension pour tout ce qui concerne la culture du Net...

Deux bonnes heures plus tard, NKM reprend le micro pour conclure en forme de pirouette : non, elle ne fera pas d’annonce en cinq points en fin de repas, puisqu’il s’agit d’un dîner « informel et convivial du dimanche soir ». N’empêche, elle lâche quelques éléments qu’on aurait aimé plus détaillés : quelques mots sur sa « grande affaire du moment », ces « 4 à 4,5 milliards » dévolus au développement de l’économie numérique dans le fameux grand emprunt (montant que doit confirmer cette semaine le Président). Dont 2 milliards pour le très haut-débit et la fibre optique. Et le reste pour des applications innovantes... et pourquoi pas les artistes numériques. De quoi en faire saliver quelques-uns.

annick rivoire 

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< 13 > commentaires
écrit le < 08'12'09 > par < antoine oVY yahooo.nu >
Le "grand emprunt" (sic) pour financer l’art numérique ?! C’est une blague de NKM ? On aime dépenser inutilement l’argent du contribuable à la cour du prototype austro-hongrois de l’Elysée...
écrit le < 08'12'09 > par < info MDZ franck-ancel.com >
Je comprends mieux pourquoi le Centre était fermé pour 0000 dimanche soir ! Il vaut mieux encore en rire ! A suivre...
écrit le < 09'12'09 > par < valery.grancher oa8 orange.fr >

La prise de position sur Hadopi n’a concerné que Poptronic ! Moi même ainsi que bon nombre de mes collègues, nous n’avons pas réagi, non pas que nous soyons impressionné... mais tout simplement parce que nous sommes d’accord avec cette nouvelle loi dans sa nouvelle mouture.... Cette position sur Hadopi ne concerne que l’auteur de cet article...

Valéry Grancher

écrit le < 10'12'09 > par < annick.rivoire Xs6 poptronics.fr >

Cher Valéry,

L’utilisation du "nous" est totalement abusive. J’ai demandé aux personnalités et artistes présents s’ils voulaient bien être cités comme étant invités à ce dîner, tous ont accepté et seuls toi et un autre artiste avez fait part de vos réserves sur Hadopi. Je vous ai alors expliqué que je ne parlerai pas au nom des artistes présents, mais rendrai compte des débats et donc de la position tenue et défendue par poptronics sur ce sujet.

Cette loi, poptronics n’a pas été "seul" à lutter contre, des milliers d’internautes, des centaines d’artistes ont dit leur opposition à ce texte pour le moins passéiste. Et ce n’est pas être contre les droits d’auteur qu’être contre Hadapi. Je te renvoies à nombre de publications ici et là, sur Poptronics notamment, la pétition "téléchargez-moi", qui a été signée par 86 artistes (dont un paquet de net-artistes...).

écrit le < 10'12'09 > par < valery.grancher XPt orange.fr >
Le "nous" de ma part n’est pas abusif, du fait que votre pétition contre hadopi ne représente en rien le tour de table présent durant ce dîner : Je pèse mes mots, au travers de nos échanges de mails, nous sommes deux à s’être révélé pour hadopi dans sa dernière mouture et version largement corrigée par rapport à la première (dont j’étais opposé). D’autre part, j’ai croisé d’autres invités depuis ce dîner qui eux aussi sont pour cette loi dans cette dernière version (votre intervention a fait parlé), et ont utilisé leur droits de réserve durant votre remarque (ils ont au nombre de trois) Cela porte déjà à 5 personnes autour de cette table qui sont pour Hadopi (5 personnes dont les activités représentent la diversité des activités des personnes présentes autour de cette table). Et rien ne laisse présager les autres personnes silencieuses (grande majorité) adhère à votre intervention. Car cette majorité n’ a pas appuyé votre intervention (un silence froid royal a reigné à ce moment) Je confirme donc ce que j’écris : Nous ne furent nullement impressionnés mais tout simplement pas du tout impliqués dans cette remarque. Donc dire que le "nous" est abusif est erronné, il ne l’est pas, car il s’applique à partir de deux personnes, or nous sommes 5.... Donc je le redis que cette remarque pendant le dîner sur Hadopi ne concerne que leurs auteurs...
écrit le < 11'12'09 > par < annick.rivoire Las poptronics.fr >

Le silence froid qui régnait quand je parlais d’Hadopi, là je démens formellement. C’est étrange comme on voit ce qui nous arrange...

Même NKM a prouvé par le passé qu’elle faisait tout pour ne pas être associée à ce texte qui ne règle aucun des problèmes posés par le numérique en matière de droits d’auteur.

écrit le < 11'12'09 >
Grancher pour Hadopi, rien de surprenant, on sait très bien de quel côté se trouve ce monsieur
écrit le < 13'12'09 > par < agnes RdK agnesdecayeux.fr >
Cher Valéry, Que tu sois avec tes 5 collègues pour "cette nouvelle loi dans sa nouvelle mouture" nous étonne ou nous déçoit, mais après tout, la lecture que nous en avons faite n’a pas à être partagée par tous. Cela dit, le travail que nous avons mené à nombre (et que nous continuons de mener) ne peut pas être sapé par 5 gus dans un dîner. Et d’ailleurs, une seule question, à ton avis, pourquoi ceux qui ont bougé leur cul contre cette loi (nouvelle mouture ou non, elle est semblable, le mépris d’une culture, le profit pour quelques uns, majors and co, l’ignorance) n’étaient pas présents et ne le seront jamais ? hum hum ;) Dis-nous simplement ce que cette loi protège et qui elle protège ? Après tout, la lecture de tous les textes, du premier rapport Olivennes à ce recul de l’amendement 138, nous a peut-être laissé aveugles sur quelque espoir à venir en ce qui concerne l’accès à la culture sur ce territoire public de l’Internet. Bref, dînez là où vous le souhaitez, mais par pitié, lisez les projets de loi, les textes, les amendements, suivez un peu les débats et respectez aussi ceux qui s’engagent, qui passent du temps à tenter d’éveiller les esprits endormis. Par quoi ? ben là, j’avoue que je ne comprends pas.
agnès
écrit le < 12'12'09 > par < mister.n w8u laposte.net >
Une question à Valery. Quand tu utilises le logo de Google pour réaliser tes peintures, logo déposé et protégé, tu te positionnes comment ?
écrit le < 12'12'09 > par < ma pomme dX8 mapomme.fr >
ana vovera est pour hadopi. car ana est déjà passée à d’autres technos pour dévorer de la culture. vous parlez de technos que vous ne savez pas gérer. comme disait ma mamiue kabyle : quand on sait pas on se tait.
écrit le < 12'12'09 > par < vincent S7T emosmos.com >
pathétique.. franchement pathétique et le cynisme est des deux côtés... artistes et l’autre nullas de la morizet. poptronics tu marches ds ce jeu avec dérision. poptronics avec tes sempiternelles pubs sur la droite t’es devenue dérisoire.
écrit le < 13'12'09 > par < valery.grancher aCh orange.fr >
Oui j’utilise le logo de Google, en faisant cela je cite ma source (Google) au même titre que Campbell pour un artiste que l’on connaît tous. De surcroît Google (Larry Page et Sergueï Brin) et (Duane Calvert) fondateurs de Google et DA de google ont acquis mes toiles à ma galerie de San Francisco durant Miami 2007 et à ma galerie durant mon exposition en Janvier 2008 à SF. Donc aucun souci avec Google.... Il ne s’agit pas d’un copier coller, mais d’une interprétation d’un sujet au même titre que d’autres sujets sont interprétés en peinture : Au même titre qu’un portrait ou une nature morte... Google devient un sujet peint (il y a interprétation et non pas copie, donc aucun souci juridique et Google l’a bien compris en me collectionnant) Google, Icône du 21 ème siècle ? attendons de voir...
écrit le < 15'12'09 > par < agnes KHs agnesdecayeux.fr >
Valéry, Casse la n’tienne, nous avions bien pigé que Google est une icône du 21ème ;) on le sait depuis le 20ème et post AOL de chez 56k... analogik... 1996... poptronics, rivoire oblige ;) lol. Pas besoin d’attendre pour voir/percevoir. T’es un peu en proue, mais t’es pas obligé de te justifier de tes collectionnages. On s’en fout, on te suit et on t’M. C’est bien un truc de mec, me dis-je, nous disons-nous. Mais la question n’est pas là. L’idée pour nous est + de piger pourquoi un type comme toi, un nerds connecté, un artiste et un citoyen, lit et approuve des textes de loi, des amendements, une oppression culturelle qu’intrinsèquement nous réfutons. Peut-être sommes-nous trop gauchos, maladroitos, nostalgikos 81, mais je suis certaine que débattre sur ces questions émises par cette putain de loi hadopi est plus intéressant que le récit de nos petites vies numériques et grades ou collectionnages en tout genre. Donc, dis-moi/nous ce que cette loi protège et qui elle protège. Et puis, nous pourrons tergiverser. yes ? agnès