« Le Fond de l’air est rouge », documentaire de Chris Marker, 3h, diffusé ce 15/04 à 23h sur Arte, dans le cadre de la Théma « Faut-il interdire d’interdire » à partir de 21h.
Sortie le 24/04 d’un coffret DVD,« Le fond de l’air est rouge », Chris Marker, ARTE Vidéo/ I.N.A/ ISKRA le 24/04, (24€99).
Rue Gay-Lussac, théâtre des événements parisiens de 68. © Chris Marker
< 15'04'08 >
La télé au Marker rouge

Dans l’avalanche commémorative et fossilisante sur Mai 68, la diffusion ce soir sur Arte suivie de la réédition DVD du « Fond de l’air est rouge », le documentaire de Chris Marker, est la bonne nouvelle qui nous préservera des bons sentiments et des relectures édulcorantes d’un événement certes historique, mais qui n’a pas seulement émergé au seul mois de mai dans la France gaullienne de 1968. Montée des extrêmes (gauche mais aussi droite), poussée d’utopies révolutionnaires en Amérique du Sud, luttes sociales dures et émancipatrices, discrimination raciales aux Etats-Unis : les années 60 et 70 ont cristallisé autour de 68 une forme d’état d’esprit révolutionnaire, sans pour autant se résumer au seul épisode des pavés défaits du Quartier latin, de l’ébranlement du pouvoir gaulliste ou encore des accords de Grenelle.

« Le Fond de l’air est rouge » n’est pas un film sur 1968, mais autour de 1968, sur l’épopée révolutionnaire, l’utopie gauchiste, les revirements et les désillusions qui ont accompagné ces années « rouge ». Sans doute l’un des plus beaux films de Marker, il est d’une absolue modernité, réagençant à coups de montage magistral un maelström d’images d’actualité, de chutes de films d’amis et de documents tirés des archives officielles et ouvrières, de l’Atelier populaire à Pathé Cinéma en passant par des extraits de « la CGT en Mai » de Paul Seban ou encore « Minamata » de Noriaki Tsushimoto (pour une séquence d’une violence inouïe, montrant le patron de la firme Chisso, responsable de l’une des premières catastrophes sanitaires du XXe siècle, interpelé par une mère au-delà du désespoir).

« Premier projet de ce film : interroger en quelque sorte, autour d’un thème qui me préoccupe (l’évolution de la problématique politique dans le monde autour des années 67/70), notre refoulé en images », écrivait Chris Marker en 1978. « Et puis surtout, il y a ce dialogue enfin possible entre toutes ces voix que seule l’illusion lyrique de 68 avait fait se rencontrer un court moment. Le reflux venu, chacun est rentré dans sa monophonie triomphaliste ou rageuse. Le montage restitue, on l’espère, à l’histoire sa polyphonie. » Amputé d’une heure (sans qu’on y voit goutte !), ce récit à voix multiples (puisque c’est aussi un film qui raconte le cinéma, ces séquences où les « images tremblent », quand les chars entrent à Prague par exemple), qui laisse les auteurs de cette « nouvelle gauche » s’exprimer.

Du Che en passant par Régis Debray, de Marchais à Mario Monje, chef du PC bolivien, de Jorge Semprun à François Maspero. Et Montand ou Simone Signoret parmi les narrateurs, ne font pas que prêter leur voix au film, mais incarnent cette part d’histoire qu’ils observent depuis leur expérience. L’approche de Chris Marker n’est pas celle d’un historien, n’est pas celle non plus d’un « soixante-huitard » qui serait revenu des utopies. Le cinéaste évoque une « enquête antipolicière » pour parler de cette façon toute personnelle qu’il a d’être engagé et à distance tout à la fois. « Il m’est arrivé de penser que leur nature d’images sans but, une fois mises bout à bout, finirait par leur en trouver un », ajoute-t-il. Et sans jamais oublier l’autre, le regardeur, Chris Marker reconstruit un pan de la mémoire collective qui s’est exprimée dans ces années utopiques. Et c’est déjà énorme.

Une fois n’est pas coutume, poptronics conseille donc d’allumer son poste de télévision ce soir et de veiller tard dans la nuit, la diffusion du « Fond de l’air... » débutant à 23h. Comment expliquer d’ailleurs un horaire si tardif pour ce qu’Arte présente à juste titre comme un « événement » ? Le film manifeste du cinéaste le plus secret de sa génération, et l’un des plus grands aussi, a été resserré par Marker lui-même (passant de 4 à 3h !) et méritait une diffusion à heure de plus grande écoute. Poptronics y reviendra du coup, et plus longuement, pour la sortie du coffret DVD le 24 avril prochain.


La bande-annonce du film de 1977 :

annick rivoire 

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< 2 > commentaires
écrit le < 16'04'08 > par < elebovici aSh club-internet.fr >
vu le film hier soir tard sur arte et en suis toute secouée.
écrit le < 16'04'08 > par < mister.n Nuq laposte.net >
Merci encore pour ce papier et l’envie de voir le film. Maintenant qui l’est enregistré envie de le revoir encore et encore ! Bravo.