« Liberté et Internet en Egypte », une vidéo tirée du blog du Tunisien Sami Ben Gharbia, figure de la lutte pour la liberté d’expression et rédacteur en chef de Gobal Voices Advocacy.
La torture à nos portes : le dos d’Ahmed Maher, surnommé en Egypte « l’activiste de Facebook ». Le réseau social est en effet devenu un moyen d’organiser l’opposition au régime de Moubarak. © DR
< 20'11'08 >
A quoi sert la blogosphère ?

Liberté d’expression sur le réseau, mode d’emploi : il fallait un blogueur tunisien pour toucher du doigt les limites de l’exercice en… Egypte. Un bel exemple de l’intérêt démocratique de la blogosphère (et pas celle des spécialistes du Web 2.0…), à l’heure où la France est en passe d’adopter un projet de loi qui décrète un traitement à deux vitesses de la prescription en matière de diffamation (on recommande à ce sujet l’impeccable vidéo de David Dufresne sur Mediapart, qui explique comment, sous couvert d’une meilleure protection de la personne, est en train de se mettre en place un droit à deux vitesses entre journalistes professionnels - entendez ceux qui émargent dans les rédactions papier - et amateurs - entendez, comme les instances de la profession et les législateurs, donc, tous les autres, blogueurs et journalistes indépendants mélangés.

Mais si la France tangue, dans les pays où la liberté d’expression est encore un combat, les mêmes mauvaises nouvelles tombent régulièrement : aujourd’hui un blogueur iranien arrêté, Hossein Derakhshan, hier le kidnapping d’un Egyptien (auteur du blog Justice-Liberté-Paix)... En farouche défenseur de la liberté d’expression, Sami Ben Gharbia, Tunisien émigré aux Pays-Bas depuis 1998, rédacteur en chef de Gobal Voices Advocacy (en anglais), vient de poster sur son blog, inaccessible en Tunisie depuis 2003, une vidéo truffée d’interviews de certains des blogueurs les plus réputés d’Egypte intitulée « Internet et la liberté en Egypte ».

Noha Atef, du blog tortureinegypt.net, Gamal Eid, directeur du Réseau arabe d’information sur les droits de l’Homme, le journaliste et blogueur Abdel Monem Mahmoud, ou encore « l’activiste de Facebook » (sic) Ahmed Maher y racontent très concrètement à quoi ressemble le harcèlement physique et moral dont ils sont victimes, reviennent sur les combats menés par la blogosphère dans ce pays (par exemple sur le harcèlement sexuel en pleine rue ou les grèves d’avril dernier), les arrestations arbitraires, la torture et les mauvais traitements dont ils ont été victimes ou témoins. Et plus largement expliquent à quel point les outils de l’Internet permettent de passer parfois entre les gouttes de la censure et sont en tout cas devenus le moyen le plus adapté pour faire entendre la voix des droits de l’homme.

Plus surprenant, ces Egyptiens expliquent comment Twitter ou Facebook, deux des entreprises les plus emblématiques du Web 2.0 et de ce fameux réseau social dont les investisseurs technos nous rebattent les oreilles, servent très concrètement à organiser l’action syndicale ou clandestine d’opposition au gouvernement. Twitter (le micro-blogging) a servi notamment à organiser des grèves. Bref, à rebrousse-tendance du Net bavard, cette vidéo est à faire circuler de toute urgence, pour éviter d’entendre plus souvent des phrases comme « J’ai été arrêté plusieurs fois uniquement parce que la police savait que j’avais un blog ».

annick rivoire 

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< 1 > commentaire
écrit le < 21'11'08 > par < nck m2N ifrance.com >
Lecteur de Médiapart depuis le début, surfant sur Poptronics parfois, là avec surprise, bravo pour cet article qui marque et porte un vrai sujet de fond. F. Lance